Ce soir-là, Pierre était resté plus tard au bureau. Une proposition à rédiger, pour un client afin de lui envoyer demain matin au plus tard.
Il se démenait pour montrer à ses clients qu’il avait de la valeur, des compétences et qu’ils pouvaient compter sur lui.
Il pensait devoir travailler 2 fois plus pour être sûre de stabiliser son entreprise individuelle et gagner l’argent qui le mettrait en sécurité. Mais il avait l’impression que c’était comme un mirage qui se déplaçait dans le désert au fur et à mesure qu’il avançait. Travailler encore plus, sans jamais atteindre son abjectif de sécurité.
Ce soir, terrassé par la fatigue, il s’endormit sur son bureau. Son esprit s’envola et il commença à rêver. Mais était-ce un rêve tant il paraissait réel ?
Dans ses songes, une salle apparut. C’était une école étrange, sans murs ni plafond, à ciel ouvert. Les nuages passaient lentement au-dessus des élèves assis en cercle.
Sur un tableau flottant, un mot était inscrit : Argent
Au centre se tenait un homme.
Il se présenta :
- Je m’appelle Oréan, professeur enchanteur de l’école de la vie énergétique.
Il semblait hors d’âge. Son regard était calme, profond, comme s’il voyait au-delà des apparences.
Il observa ses élèves - des adultes. Pierre était également assis parmi eux.
Puis il posa une question :
- Qui, ici, a peur de manquer d’argent ?
Un silence. Peu à peu toutes les mains se levèrent.
Le professeur sourit doucement.
- Alors aujourd’hui, nous allons parler d’une illusion très répandue.
Il leva la main, et une pièce d’or apparut entre ses doigts.
Oréan laissa tomber la pièce. Elle ne fit aucun bruit. Elle devint lumière. Puis disparut.
- Vous croyez que l’argent est une chose, mais il est avant tout une énergie en mouvement. Une énergie que l’on appelle tout comme j’ai fait apparaître cette pièce.
Pierre protesta :
- C’est facile pour vous qui êtes un magicien. Pour nous, il faut travailler dur pour en avoir !
Le professeur éclata d’un rire léger.
- Voilà la première croyance qui ferme le flux. Vous pensez qu’il faut mériter, lutter, prouver. Comme si la vie demandait un effort pour vous nourrir. Voilà la grande confusion. Vous confondez effort… et création.
D’un geste, il fit apparaître deux champs.
Dans le premier, des personnes creusaient la terre avec peine. Leurs gestes étaient lourds, répétitifs. Le sol était dur, sec. Rien ne poussait naturellement, facilement. Il fallait faire intervenir des machines, des engrais.
- Ici, dit-il, l’action est guidée par la peur : peur de manquer, peur de ne pas avoir assez et donc avidité à avoir plus.
Puis il montra le second champ lumineux, qui, à bien y regarder, ressemblait plus à un jardin potager.
Des hommes et des femmes y semaient, expérimentaient, chantaient parfois. Ils observaient la terre, la nourrissaient, adaptaient leurs gestes, créaient avec ce qui était là. Et le sol était vivant. Abondant.
- Ici, l’action est nourricière. Elle naît d’un élan intérieur, non d’une contrainte. Elle respecte les lois du vivant créatif.
Pierre fronçait les sourcils.
- Mais… il faut bien agir quand même?
L'enchanteur se tourna vers elle.
- Bien sûr. L’abondance n’est pas pour ceux qui attendent. Elle est pour ceux qui participent. Mais écoute bien ceci : ce n’est pas tant l’effort qui crée l’abondance. C’est l’alignement entre ce que tu es…et ce que tu fais.
Alors, le jardin lumineux s'éclaira encore plus. Chaque personne qui agissait avec joie voyait les plantes pousser plus vite, plus fort, en se réjouissant de ce miracle de la nature, le coeur empli de gratitude.
Dans le premier champ, chaque personne qui agissait par peur de manquer, voyait le sol brider sa production. Une partie du champ devint sèche. Craquelée. Morte.
- L’argent, continua-t-il, répond à la même loi.
Il fit apparaitre dans l'air une rivière de lumière .
- C’est une énergie en mouvement. Elle circule là où il y a de la vie, de la créativité, de l’ouverture.
Il regarda les élèves.
- Vous avez appris à “travailler” pour survivre. Mais vous avez oublié comment créer pour vivre. La peur a remplacé la confiance dans les lois naturelles.
Un silence profond s’installa.
Il ajouta :
- L’effort, quand il vient de la peur, contracte. L’action créative, quand elle vient du cœur, expanse.
Pierre sentit une chaleur en lui.
- Donc… on ne doit pas arrêter d’agir ?
Oréan sourit.
- Non. Vous devez transformer votre manière d’agir.
Il fit apparaître une graine dans sa main.
- Imagine que chaque action soit une graine. Si tu la plantes avec la peur, tu doutes, tu contrôles, tu forces… elle pousse difficilement. Mais si tu la plantes avec confiance, coeur, curiosité, créativité… elle trouve naturellement son chemin car vous l'encouragez par votre élan joyeux.
La graine se mit à germer.
- L’abondance ne vient pas de ce que vous faites plus, mais de ce que vous faites juste.
Puis il ajouta doucement :
- Et parfois, une seule action alignée vaut plus que mille efforts contraints.
Pierre sentit quelque chose se détendre en lui.
Le professeur enchanteur fit apparaître des pièces qui circulaient comme des feuilles dans le vent.
- L’argent vient vers ceux qui osent créer, partager, proposer, expérimenter. Pas vers ceux qui se figent en attendant d’être sûrs. Vous ne manquez pas d’argent. Vous manquez d’élan créatif libre.
Le jardin entier se mit à rayonner.
- Regardez. Pensez-vous que la terre se demande si elle mérite de donner ?
Que les fleurs hésitent à éclore ? Alors, osez, essayez, créez. Non pas pour mériter… mais pour participer au mouvement de la vie.
Les élèves restèrent silencieux.
- L’argent suit les mêmes lois que la vie. Il circule là où la terre intérieure est fertile.
Il toucha doucement le cœur d’un élève.
- La terre, c’est vous. La lumière, ce sont vos pensées. L’eau, ce sont vos émotions. Voyez comme dans ce champ, tout est luxuriant. et comme dans l’autre, le sol est sec, fermé. Voyez-vous ?
Ce n’est pas le manque qui bloque le flux… c’est la peur du manque.
Pierre sentit quelque chose vibrer en elle.
L'enchanteur continua encore :
- Les humains craignent de manquer d’argent parce qu’ils ont peur de disparaître. Ils confondent sécurité et vie.
Il fit apparaître un coffre fermé.
- Et alors, ils enferment l’énergie. Ils gardent, ils retiennent… pensant se protéger.
Le coffre devint lourd, sombre.
- Mais ce que vous retenez cesse de circuler. Et ce qui cesse de circuler… s’éteint.
Puis il ouvrit le coffre. La lumière s’en échappa, se répandit dans le jardin, et tout refleurit.
- Chaque fois que vous recevez, la vie circule vers vous. Chaque fois que vous donnez, la vie circule à travers vous.
Il regarda les élèves un à un.
- Même une facture que vous payez est un signe d’abondance. Car elle dit : tu as pu recevoir et tu peux donner maintenant.
Pierre ouvrit de grands yeux. Le professeur magicien s’approcha de lui.
- Si tu remercies ce qui sort, tu multiplies ce qui entre, dit-il en lui faisant un clin d'oeil entendu.
Puis il ajouta doucement :
- Mais si tu trembles à chaque dépense, tu dis à la vie : je ne crois pas que tu vas revenir.
Le silence devint profond.
- L’argent ne manque pas. C’est la confiance qui manque.
Le jardin s’illumina une dernière fois.
- Cultivez votre terre intérieure. Nourrissez-la de gratitude. Osez vos élans. Et vous verrez : l’abondance n’est pas un effort… c’est un flux naturel.
Pierre murmura : « Alors… on peut faire confiance à la vie ? »
Oréan sourit.
- La vie est tellement plus puissante et confiante que ta propre foi en toi. Peut-être que la vraie richesse… c’est de croire que tout est déjà en train de venir.
Puis, en guise de conclusion, il ajouta :
- La peur de manquer ferme la main. La confiance ouvre le monde.
Il tourna le dos à ses élèves et la salle disparut en un éclair.
Pierre se réveilla dans un sursaut, sorti brusquement de son rêve.
Et dans le silence qui suivit, il sentit quelque chose changer.
Comme si, quelque part en lui, un jardin venait d’être arrosé.
Il ne voulait plus seulement “fournir des efforts”. Il voulait entrer dans le mouvement créatif de la vie.
